Votes · Scrutin n° 7440 · 22 juin 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 372 de Mme Gruet à l'article 2 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (nouvelle lecture).
Dossier : Fin de vie · Demandé par : Présidente du groupe "La France insoumise – Nouveau Front Populaire"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 2
- Texte
- Fin de vie Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par Mme Gruet et 13 cosignataires (DR) · sort : rejeté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement institue le droit à l’aide à mourir hors du code de la santé publique, par une disposition autonome, et énonce expressément que ce droit ne constitue pas un acte de soin. Il tire les conséquences d’une distinction fondamentale : le geste qui provoque délibérément la mort n’appartient pas au champ du soin.
La médecine, du serment d’Hippocrate au code de déontologie médicale, a pour vocation de soulager la souffrance, d’accompagner et de protéger la vie, non de la faire cesser. En rangeant l’aide à mourir parmi les missions du système de santé, le code de la santé publique opérerait une assimilation trompeuse entre le soin et l’acte létal et brouillerait la frontière qui sépare l’accompagnement de la fin de vie de la mort administrée. Cette confusion fragiliserait la relation de confiance entre le patient et le soignant, en particulier pour les personnes les plus vulnérables, qui doivent pouvoir s’en remettre à un système de santé dont la finalité n’est jamais de donner la mort.
Le II de l’article révèle d’ailleurs la nature réelle de l’acte : il s’agit, en principe, d’un fait que la loi pénale réprime et que seule une autorisation expresse, au sens de l’article 122‑4 du code pénal, vient justifier. Cette mécanique relève du registre de l’exception légale, non de celui du soin. La place de ce régime n’est donc pas dans le code de la santé publique, mais dans une loi propre qui en marque le caractère dérogatoire et le distingue nettement de la relation de soin.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
I. – Substituer aux alinéas 1 à 5 l’alinéa suivant :
« I A. – La présente loi reconnaît un droit à l’aide à mourir, dans les conditions qu’elle prévoit. »
II. – En conséquence, au début de l’alinéa 6, supprimer la mention :
« Art. L. 1111‑12‑1. – ».
III. – En conséquence, au même alinéa 6, substituer aux mots :
« L. 1111‑12‑2 à L. 1111‑12‑7 »,
les mots :
« 4 à 9 ».
IV. – En conséquence, après ledit alinéa 6, insérer l’alinéa suivant :
« L’aide à mourir ne constitue pas un acte de soin au sens du code de la santé publique. »
V. – En conséquence, à l’alinéa 7, substituer aux mots :
« L. 1111‑12‑2 à L. 1111‑12‑7 »,
les mots :
« 4 à 9 ».
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 2 : 123 scrutins publics, dont 12 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Proposition de loi d’Olivier Falorni, député du groupe Les Démocrates, déposée le 11 mars 2025 (n° 1100). Elle reprend, selon son exposé des motifs, un texte interrompu par la dissolution de 2024. D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi définitive, le texte :
- crée un « droit à l’aide à mourir » : être autorisé à recourir à une substance létale et être accompagné pour se l’administrer ou, si la personne n’en est pas physiquement capable, se la faire administrer par un médecin ou un infirmier (§ 9) ;
- fixe cinq conditions cumulatives : être majeur, Français ou résident stable et régulier, atteint d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, avec une souffrance réfractaire aux traitements ou jugée insupportable, et apte à exprimer une volonté libre et éclairée (§ 10) ;
- confie la décision à un médecin, après avis d’un collège pluriprofessionnel, dans un délai de quinze jours, avec un délai de réflexion d’au moins deux jours avant la confirmation (§ 107, 111 et 113) ;
- prévoit une clause de conscience pour les soignants, une commission de contrôle et d’évaluation et la prise en charge des frais par l’assurance maladie (§ 160, 258 et 286).
Ce que ça change
Les malades majeurs remplissant ces conditions pourront demander l’aide à mourir, à domicile, chez un proche ou en établissement (§ 142). Seule la personne qui a fait la demande peut contester la décision du médecin devant le juge administratif, sauf recours de la personne chargée de sa mesure de protection (§ 223). L’application dépend de décrets : selon le baromètre de l’Assemblée, leur publication est envisagée entre novembre 2026 et janvier 2027.
Ce qui est contesté
Rejeté trois fois par le Sénat, le texte a été adopté en lecture définitive (dernier mot donné à l’Assemblée en cas de désaccord entre les chambres) le 15 juillet 2026 par 291 voix contre 241 (scrutin n° 8280). Contre : RN (106 contre, 12 pour), Droite républicaine (41 contre, 5 pour), UDR (17). Pour : LFI-NFP (61), socialistes (57), écologistes (33), GDR (10). Partagés : EPR (64 pour, 18 contre), Démocrates (20 pour, 16 contre), Horizons (16 pour, 18 contre), LIOT (10 pour, 8 contre).
- Pour l’UDR, Olivier Fayssat estime : « Ce texte est dangereux : nous avons échoué à sécuriser son application. »
- Pour la Droite républicaine, Justine Gruet demande : « Comment expliquez-vous le choix d’un recours a posteriori plutôt que d’un contrôle a priori ? »
- Pour le RN, Christophe Bentz déclare : « Notre société n’a pas le droit de renoncer à protéger les plus vulnérables, les personnes handicapées, les personnes les plus pauvres. »
- Pour LFI-NFP, Karen Erodi répond : « Cette loi n’ôte aucun droit mais elle en crée un : le droit de disposer de soi. »
- Selon nos données, les conditions d’accès (article 4) ont fait l’objet de 195 scrutins publics, la procédure (article 6) de 143.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi notamment par le Premier ministre, le président du Sénat et des députés (recours conduits par Patrick Hetzel, DR, et Marine Le Pen, RN), le Conseil a rendu la décision n° 2026-910 DC le 14 août 2026. Aucune disposition n’est censurée. Il juge que les conditions d’accès ne sont « ni imprécises, ni équivoques » (§ 40). Il émet trois réserves d’interprétation (lecture obligatoire de la loi, sans laquelle elle serait contraire à la Constitution) :
- le médecin doit tenir compte des observations de la personne chargée de la mesure de protection d’un majeur protégé (§ 121) ;
- les pharmaciens qui préparent ou délivrent la substance ne peuvent être tenus de participer à la procédure (§ 166) ;
- un établissement privé peut refuser la procédure dans ses locaux si elle est manifestement contraire à son projet, à condition que d’autres établissements puissent répondre aux besoins locaux (§ 188).
Où en est le texte
Promulguée : loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir. Au 24 octobre 2026, ses décrets d’application ne sont pas publiés.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Fin de vie » (dont baromètre de l’application des lois) (24/10/2026)
- Proposition de loi n° 1100 et exposé des motifs (11/03/2025)
- Scrutin n° 2107 (première lecture) (27/05/2025)
- Scrutin n° 5729 (deuxième lecture) (25/02/2026)
- Scrutin n° 7894 (nouvelle lecture) (30/06/2026)
- Scrutin n° 8280 (lecture définitive) (15/07/2026)
- Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 (lecture définitive) (15/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-910 DC et saisines (14/08/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Rejeté
L'Assemblée nationale n'a pas adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 44
- Contre
- 82
- Abstention
- 1
- Non-votant
- 2
- Votants
- 127
- Exprimés
- 126
- Majorité requise
- 64
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Pour | 28 | 0 | 1 | 1 | |
| EPR 91 membres | Contre | 2 | 7 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 28 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Contre | 1 | 26 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 8 | 2 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 8 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Contre | 0 | 7 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | aucun vote | 1 | 1 | 0 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Contre | 0 | 2 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Pour | 4 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Contre | 0 | 1 | 0 | 0 | |
| NI 10 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 30 dans le décompte
Pour (28) : Nicolas Meizonnet, Marie-France Lorho, Christian Girard, José Beaurain, Jocelyn Dessigny, Jorys Bovet, Jordan Guitton, Angélique Ranc, Joëlle Mélin, Caroline Colombier, Lisette Pollet, Christine Loir, Roger Chudeau, Christophe Bentz, Laurence Robert-Dehault, Sandrine Dogor-Such, Anaïs Sabatini, Marine Hamelet, Bernard Chaumeil, Florence Joubert, Catherine Dellong Meng, Manon Bouquin (ancien député), Thierry Perez, Claire Marais-Beuil, David Magnier, Catherine Rimbert, Sophie-Laurence Roy, Anchya Bamana
Abstention (1) : Théo Bernhardt
Non-votant (1) : Sébastien Chenu
Ensemble pour la République 10 dans le décompte
Pour (2) : Charles Sitzenstuhl, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député)
Contre (7) : Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Bertrand Sorre, Brigitte Liso, Jean-François Rousset, Anthony Brosse, Christophe Mongardien
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 28 dans le décompte
Contre (28) : Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Jean-Hugues Ratenon, Sarah Legrain, Manuel Bompard, Murielle Lepvraud, Anne Stambach-Terrenoir, François Piquemal, Nathalie Oziol, Ségolène Amiot, Matthias Tavel, Marianne Maximi, Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Alma Dufour, Damien Maudet, Maxime Laisney, Paul Vannier, Arnaud Le Gall, Aurélien Saintoul, Perceval Gaillard, René Pilato, Sandrine Nosbé, Mathilde Feld, Zahia Hamdane, Bérenger Cernon, Raphaël Arnault
Socialistes et apparentés 27 dans le décompte
Pour (1) : Dominique Potier
Contre (26) : Marietta Karamanli, Marie Récalde, Claudia Rouaux, Marie-Noëlle Battistel, Fanny Dombre Coste, Laurent Baumel, Christine Pirès Beaune, Joël Aviragnet, Philippe Naillet, Chantal Jourdan, Boris Vallaud, Gérard Leseul, Mickaël Bouloux, Anna Pic, Stéphane Delautrette, Martine Froger, Dorine Bregman, Laurent Lhardit, Océane Godard, Pierre Pribetich, Sébastien Saint-Pasteur, Sophie Pantel, Denis Fégné, Sandrine Runel, Florence Herouin-Léautey, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 10 dans le décompte
Pour (8) : Vincent Rolland, Marie-Christine Dalloz, Philippe Juvin, Patrick Hetzel, Thibault Bazin, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Justine Gruet, Corentin Le Fur
Contre (2) : Frédérique Meunier, Alix Fruchon
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Contre (8) : Sébastien Peytavie, Charles Fournier, Jérémie Iordanoff, Karim Ben Cheikh, Danielle Simonnet, Tristan Lahais, Arnaud Bonnet, Steevy Gustave
Les Démocrates 7 dans le décompte
Contre (7) : Philippe Vigier, Geneviève Darrieussecq, Perrine Goulet, Jean-Paul Mattei, Frédéric Petit, Nicolas Turquois, Sabine Gervais
Horizons & Indépendants 2 dans le décompte
Pour (1) : Benoît Blanchard
Contre (1) : Frédéric Valletoux
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 2 dans le décompte
Contre (2) : Audrey Abadie-Amiel, Stéphane Lenormand
Union des droites pour la République 4 dans le décompte
Pour (4) : Alexandre Allegret-Pilot, Hanane Mansouri, Maxime Michelet, Antoine Valentin
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Contre (1) : Yannick Monnet
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin