Votes · Scrutin n° 7976 · 2 juillet 2026 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 8 de Mme Thiébault-Martinez à l'article 1er bis du projet de loi organique relatif au renforcement des juridictions criminelles (première lecture).
Dossier : Projet de loi organique relatif au renforcement des juridictions criminelles · Demandé par : Présidente du groupe "Écologiste et Social"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 1er bis
- Texte
- Projet de loi organique relatif au renforcement des juridictions criminelles Projet ou proposition de loi organique
Amendement déposé par Mme Thiébault-Martinez et 9 cosignataires (SOC) · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement du groupe Socialistes et apparentés vise à renforcer la formation des magistrats, des membres du ministère public, des personnels de greffe, des experts judiciaires ainsi que de l’ensemble des professionnels intervenant dans le traitement judiciaire des plaintes relatives aux violences sexuelles et sexistes.
Il s’inscrit dans le prolongement des travaux récents et notamment du débat du 28 avril 2026 consacré à la dissociation, aux syndromes traumatiques et aux phénomènes de décrédibilisation de la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles dans le processus judiciaire.
Les apports de la psychotraumatologie ont en effet mis en lumière la complexité des mécanismes à l’œuvre chez les victimes : phénomènes de sidération, états dissociatifs, stratégies de survie psychique, ou encore conséquences de la soumission chimique et des dynamiques d’emprise. Ces réalités cliniques, pourtant médicalement et scientifiquement prouvées, sont encore insuffisamment prises en compte dans l’institution judiciaire. Et cela peut conduire à des interprétations erronées de la parole des victimes et à une remise en cause injustifiée de leur crédibilité.
Dans de nombreuses affaires de violences sexuelles et sexistes, ces mécanismes traumatiques sont au contraire utilisés à charge, alimentant des raisonnements de suspicion à l’égard des victimes et contribuant à leur décrédibilisation au cours de la procédure. Cette méconnaissance des effets du trauma constitue un facteur identifié de victimisation secondaire. […]
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Compléter cet article par l’alinéa suivant :
« Le contenu de cette formation, pour l’ensemble des personnes mentionnées au troisième, quatrième et sixième alinéas, porte obligatoirement sur la prise en charge des violences sexuelles et sexistes, la psychotraumatologie, ainsi que sur la compréhension des mécanismes d’emprise, des violences intrafamiliales et des dynamiques propres aux violences sexistes et sexuelles. »
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
Ce qui est voté
Projet de loi organique du Gouvernement (garde des sceaux : Gérald Darmanin), déposé au Sénat le 18 mars 2026 avec procédure accélérée (texte déposé). Il accompagne le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. D’après le texte définitif (9 juillet 2026) :
- les avocats honoraires (avocats ayant cessé leur activité) peuvent siéger comme assesseurs dans les cours criminelles départementales, statut jusqu’ici expérimental (loi organique du 22 décembre 2021) ; mandat de cinq ans renouvelable une fois, jusqu’à 75 ans (art. 1er) ;
- des règles d’impartialité : pas d’exercice comme avocat depuis au moins trois ans dans le ressort de la cour d’appel, pas d’affaire liée à son activité ou à une partie connue professionnellement (art. 1er) ;
- une formation obligatoire de l’École nationale de la magistrature sur les violences intrafamiliales et sur les violences sexuelles et sexistes pour certains magistrats et assesseurs (art. 2).
Le projet créait aussi un statut de « citoyen assesseur » (rapport du Sénat). L’Assemblée l’a supprimé le 2 juillet 2026 par deux amendements identiques du Gouvernement et du RN (compte rendu) ; la commission mixte paritaire ne l’a pas rétabli.
Ce que ça change
Contrairement aux cours d’assises et à leurs six jurés, les cours criminelles départementales réunissent un président et quatre assesseurs (rapport du Sénat). Les avocats honoraires y sont nommés par décret après avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature et ne peuvent y être majoritaires avec d’autres juges non professionnels (décision du Conseil constitutionnel, § 8 et 15). Les magistrats en poste ont jusqu’au 31 décembre 2028 pour suivre la formation sur les violences intrafamiliales (art. 3).
Ce qui est contesté
L’Assemblée a adopté le texte le 7 juillet 2026 par 363 voix contre 177 (scrutin n° 7981). Contre : LFI-NFP (66), Socialistes (56), Écologiste et social (37), GDR (17). Pour : RN (121), EPR (80, 1 contre), Droite républicaine (47), Démocrates (37), Horizons (32), LIOT (22), UDR (17). Le texte de la commission mixte paritaire a été adopté le 8 juillet par 283 voix contre 156, mêmes groupes contre (scrutin n° 8043). Deux motions de rejet de LFI ont été repoussées (n° 7895 et n° 8041).
- Pour LFI, Élisa Martin estime que « ce texte ne répond pas au problème de fond de notre justice criminelle ». Gabrielle Cathala veut une justice rendue par des magistrats professionnels ; l’article 1er a été adopté par 55 voix contre 27, LFI, Écologistes et GDR contre (scrutin n° 7975).
- La suppression de l’article 2 du texte examiné (entrée en vigueur), demandée par LFI, a été rejetée par 55 voix contre 28 (scrutin n° 7977).
- Dans les explications de vote communes aux deux textes, Colette Capdevielle (Socialistes) reproche au Gouvernement d’agir « pour tenter d’adapter la justice à la pénurie » ; Elsa Faucillon (GDR) évoque le manque de moyens.
- Sylvie Josserand (RN) dit avoir « obtenu la suppression des citoyens assesseurs », retrait approuvé par l’UDR et regretté par les Démocrates.
- Pour les partisans, Ian Boucard (Droite républicaine) estime que « notre justice criminelle est en souffrance ». Pour la formation obligatoire, Gérald Darmanin rappelle qu’un magistrat non formé pouvait jusqu’ici siéger (2 juillet).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par le Premier ministre le 10 juillet 2026, contrôle obligatoire pour une loi organique, le Conseil a déclaré la loi entièrement conforme le 23 juillet 2026 (décision n° 2026-908 DC), sans censure ni réserve d’interprétation. Des non-professionnels peuvent exercer, pour une part limitée et à titre temporaire, des fonctions de magistrat, avec des garanties d’indépendance et de capacité (§ 4 à 6). Il les juge réunies : avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, serment, discipline, incompatibilités (§ 7 à 13), vingt ans d’exercice et formation (§ 14), pas de majorité (§ 15). Les articles 2 et 3 sont conformes (§ 17 à 19).
Où en est le texte
La loi organique n° 2026-650 relative au renforcement des juridictions criminelles a été promulguée le 23 juillet 2026 (dossier de l’Assemblée).
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif (24/10/2026)
- Sénat, projet de loi organique n° 457 (texte déposé) (18/03/2026)
- Sénat, rapport n° 520 de la commission des lois (08/04/2026)
- Sénat, texte définitif adopté (T.A. n° 161) (09/07/2026)
- Compte rendu de séance, motion de rejet préalable (30/06/2026)
- Compte rendu de séance, examen des articles (02/07/2026)
- Compte rendu de séance, explications de vote et vote solennel (07/07/2026)
- Compte rendu de séance, texte de la commission mixte paritaire (08/07/2026)
- Scrutin n° 7895 (motion de rejet préalable) (30/06/2026)
- Scrutin n° 7975 (article 1er) (02/07/2026)
- Scrutin n° 7977 (suppression de l’article 2) (02/07/2026)
- Scrutin n° 7981 (ensemble, première lecture) (07/07/2026)
- Scrutin n° 8041 (motion de rejet préalable, CMP) (08/07/2026)
- Scrutin n° 8043 (ensemble, texte de la CMP) (08/07/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-908 DC (23/07/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 24 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 59
- Contre
- 1
- Abstention
- 21
- Non-votant
- 1
- Votants
- 81
- Exprimés
- 60
- Majorité requise
- 31
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 122 membres | Abstention | 1 | 0 | 16 | 0 | |
| EPR 91 membres | Pour | 20 | 0 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Pour | 15 | 0 | 0 | 0 | |
| SOC 68 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 3 | 0 | 1 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Pour | 8 | 0 | 0 | 0 | |
| DEM 37 membres | Pour | 4 | 1 | 0 | 0 | |
| HOR 35 membres | aucun vote | 2 | 0 | 2 | 0 | |
| LIOT 23 membres | aucun vote | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDDPLR 17 membres | Abstention | 0 | 0 | 1 | 0 | |
| NI 10 membres | Abstention | 0 | 0 | 1 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 17 dans le décompte
Pour (1) : José Beaurain
Abstention (16) : Lisette Pollet, Yoann Gillet, Edwige Diaz (ancien député), Alexandre Sabatou, Laurent Jacobelli, Marine Hamelet, Philippe Lottiaux, Philippe Schreck, Pascal Markowsky, René Lioret, Sylvie Josserand (ancien député), Julien Gabarron, Claire Marais-Beuil, Marc de Fleurian, Matthias Renault, Joseph Rivière
Ensemble pour la République 21 dans le décompte
Pour (20) : Sébastien Huyghe, Constance Le Grip, Brigitte Klinkert, Sylvain Maillard, Liliana Tanguy, Bertrand Sorre, Pieyre-Alexandre Anglade, Jean Terlier, Olivia Grégoire, Stéphane Buchou, Christophe Marion, Françoise Buffet, Caroline Yadan, Astrid Panosyan-Bouvet (ancien député), Sandrine Lalanne, Charles Rodwell, Joséphine Missoffe, Laure Miller, Christophe Mongardien, Vincent Caure
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 15 dans le décompte
Pour (15) : Ugo Bernalicis, Sarah Legrain, Sébastien Delogu, Hadrien Clouet, François Piquemal, Andrée Taurinya, Andy Kerbrat, Ségolène Amiot, Jérôme Legavre, Clémence Guetté, Maxime Laisney, Farida Amrani, Perceval Gaillard, Marie Mesmeur, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 5 dans le décompte
Pour (5) : Christine Pirès Beaune, Colette Capdevielle, Philippe Naillet, Karim Benbrahim, Céline Thiébault-Martinez
Droite Républicaine 4 dans le décompte
Pour (3) : Michel Barnier, Valérie Bazin-Malgras (ancien député), Élisabeth de Maistre
Abstention (1) : Philippe Juvin
Écologiste et Social 8 dans le décompte
Pour (8) : Dominique Voynet, Jean-Louis Roumégas, Pouria Amirshahi, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Emmanuel Duplessy, Léa Balage El Mariky, Steevy Gustave
Les Démocrates 5 dans le décompte
Pour (4) : Jean-Carles Grelier, Sophie Mette, Éric Martineau, Anne Bergantz
Contre (1) : Emmanuel Mandon
Horizons & Indépendants 4 dans le décompte
Pour (2) : Laetitia Saint-Paul, Pierre Marle
Abstention (2) : Christophe Plassard (ancien député), Félicie Gérard
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Elsa Faucillon
Union des droites pour la République 1 dans le décompte
Abstention (1) : Maxime Michelet
Non inscrit 1 dans le décompte
Abstention (1) : Philippe Bonnecarrère
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 24 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin