Votes · Scrutin n° 1985 · 22 mai 2025 · scrutin public ordinaire
L'amendement n° 2649 du Gouvernement et les amendements identiques suivants à l'article 6 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture).
Demandé par : Président du groupe "UDR"
Ce qui est voté
- Objet du vote
- Un amendement, c'est-à-dire une proposition de modification du texte · Article 6
- Texte
- Fin de vie Proposition de loi ordinaire
Amendement déposé par le Gouvernement · sort : adopté
Ce que l’auteur en dit (exposé sommaire)
Cet amendement vise à supprimer la possibilité de réduire le délai de réflexion de deux jours avant de confirmer la demande d’aide à mourir.
Le délai a été fixé pour que le patient intègre l’information reçue et consente pleinement à la poursuite de la procédure. La décision est suffisamment grave pour qu’un délai de réflexion incompressible soit mis en œuvre.
Des exceptions à ce délai basées sur l’appréciation de la dignité de la personne sont par ailleurs trop peu précises pour être opérantes et entrainent un risque d’insécurité juridique important pour le médecin qui les mettraient en œuvre.
Ce que l’amendement change dans le texte (dispositif)
Supprimer la seconde phrase de l’alinéa 13.
Texte de l’auteur, non réécrit : amendement sur le site de l’Assemblée nationale
Article parmi les plus disputés du texte Article 6 : 143 scrutins publics, dont 6 serrés. Voir le classement
Le texte expliqué : ce qu’il change, ce qui est contesté
En bref
Cette loi crée un « droit à l’aide à mourir » : une personne majeure, atteinte d’une maladie grave et incurable en phase avancée ou terminale, et qui souffre, peut demander une substance mortelle qu’elle s’administre elle-même ou, si elle ne le peut pas physiquement, qu’un médecin ou un infirmier lui administre. Après trois rejets au Sénat, l’Assemblée l’a adoptée définitivement le 15 juillet 2026 par 291 voix contre 241. Le Conseil constitutionnel l’a validée avec trois réserves et elle a été promulguée le 18 août 2026.
Pourquoi ce texte
C’est une proposition de loi, c’est-à-dire un texte déposé par un député : Olivier Falorni (Les Démocrates), le 11 mars 2025 (proposition de loi n° 1100). Selon son exposé des motifs, elle reprend le projet de loi du Gouvernement sur la fin de vie interrompu par la dissolution de juin 2024. L’auteur y présente les soins palliatifs comme « la réponse primordiale » et l’aide à mourir comme « un ultime recours » pour des malades face à des souffrances « réfractaires ou insupportables ».
Agnès Firmin Le Bodo (Horizons) rappelle en séance l’avis du Comité consultatif national d’éthique de 2022 et la Convention citoyenne de 184 personnes tirées au sort (compte rendu). Selon La 1ère, le projet initial a été scindé en deux textes (La 1ère) ; celui sur les soins palliatifs prévoit, selon Nicole Dubré-Chirat (EPR), « plus de 1 milliard d’euros sur dix ans » (compte rendu). Le Sénat a rejeté le texte le 28 janvier, le 12 mai et le 7 juillet 2026 (dossier du Sénat).
Ce qui est voté
D’après la décision du Conseil constitutionnel, qui décrit la loi définitive :
- cinq conditions cumulatives : avoir 18 ans, être Français ou résider en France de façon stable et régulière, être atteint d’une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, présenter une souffrance réfractaire aux traitements ou insupportable, et exprimer une volonté libre et éclairée (§ 10) ;
- la décision revient à un médecin, après un collège pluriprofessionnel (médecin spécialiste extérieur, soignant) (§ 107) ; il répond sous quinze jours (§ 111) ;
- un délai de réflexion d’au moins deux jours sépare l’accord du médecin et la confirmation par la personne (§ 113) ;
- une clause de conscience protège les soignants appelés à participer (§ 160) ; une commission contrôle et évalue les procédures (§ 258) ;
- l’assurance maladie prend en charge les frais (§ 286).
Ce que ça change pour vous
- Malades : une personne majeure atteinte d’une maladie grave et incurable en phase avancée, dont la souffrance résiste aux traitements, pourra demander l’aide à mourir et la recevoir chez elle, chez un proche ou en établissement (§ 142). Elle peut arrêter la démarche à tout moment, selon Karen Erodi (LFI).
- Proches : seule la personne qui a fait la demande peut contester la décision du médecin devant le juge, sauf exception pour un majeur protégé (§ 223).
- Soignants et pharmaciens : nul n’est obligé de participer ; les pharmaciens qui préparent la substance ne peuvent pas y être tenus (§ 166).
- Calendrier : rien ne s’applique avant les décrets, dont la publication est envisagée entre novembre 2026 et janvier 2027 selon le baromètre de l’Assemblée.
Ce qui est contesté
Les conditions d’accès. L’article qui les fixe a donné lieu à 195 scrutins publics, celui sur la procédure à 143 (données ouvertes de l’Assemblée). Pour Justine Gruet (Droite républicaine), le texte « demeure le plus permissif au monde » ; Olivier Fayssat (UDR) estime que les conditions ont été « élargies, jamais resserrées » (compte rendu). Pour Nicole Dubré-Chirat (EPR), « la vieillesse, les troubles psychiatriques ou le handicap ne permettent pas d’accéder au dispositif » (compte rendu).
Les plus fragiles. Christophe Bentz (RN) craint que les personnes handicapées et les plus pauvres soient, faute de soins, « les premières victimes ». Yannick Monnet (GDR) avait demandé une sixième condition : vérifier que les soins palliatifs souhaités ont bien été dispensés (compte rendu).
Le contrôle. Justine Gruet demande : « Comment expliquez-vous le choix d’un recours a posteriori plutôt que d’un contrôle a priori ? » (compte rendu). Les saisines du Conseil constitutionnel visaient notamment l’imprécision des critères ; le Conseil les a écartées (§ 16, 17 et 40).
Qui a voté quoi, et pourquoi
Lecture définitive, le 15 juillet 2026 (scrutin n° 8280). Les interventions de la discussion générale « valent explications de vote » (compte rendu). Plusieurs groupes avaient laissé la liberté de vote :
- Rassemblement national : contre (106 contre, 12 pour). Christophe Bentz : « Notre société n’a pas le droit de renoncer à protéger les plus vulnérables » (compte rendu).
- Ensemble pour la République : divisé (64 pour, 18 contre, 9 abstentions). Nicole Dubré-Chirat appelle à voter un texte « d’humanité » (compte rendu).
- La France insoumise : pour (61, 2 contre, 3 abstentions). Karen Erodi : « Cette loi n’ôte aucun droit mais elle en crée un : le droit de disposer de soi » (compte rendu).
- Socialistes et apparentés : pour (57, 4 contre, 6 abstentions). Océane Godard annonce qu’« une large majorité » du groupe votera pour, « au nom de la dignité et de la liberté » (compte rendu).
- Droite républicaine : contre (41 contre, 5 pour, 2 abstentions). Justine Gruet juge que le texte laissera « les médecins décisionnaires face à leur conscience » (compte rendu).
- Écologiste et social : pour (33, 2 contre, 1 abstention). Sandrine Rousseau : « Oui, il y a des morts clandestines en France » (compte rendu).
- Les Démocrates : divisé (20 pour, 16 contre). Sabine Gervais rappelle la liberté de vote et souligne qu’à elles seules, « les souffrances psychologiques ne permettront pas d’accéder au dispositif » (compte rendu).
- Horizons & indépendants : divisé (16 pour, 18 contre, 1 abstention). Agnès Firmin Le Bodo, pour : « Ce texte n’instaure pas un droit à la mort » (compte rendu).
- Libertés, indépendants, outre-mer et territoires : divisé (10 pour, 8 contre, 4 abstentions). Yannick Favennec-Bécot explique que les opposants craignent que ce droit « ne détourne certains patients des soins palliatifs » (compte rendu).
- Gauche démocrate et républicaine : divisé (10 pour, 2 contre, 3 abstentions). Yannick Monnet s’abstient à titre personnel ; « tous les votes seront représentés » (compte rendu).
- Union des droites pour la République : contre (17). Olivier Fayssat : « Ce texte est dangereux : nous avons échoué à sécuriser son application » (compte rendu).
- Non-inscrits : 3 pour, 7 contre.
La fracture ne suit pas la frontière entre majorité et opposition : la gauche vote pour, le RN, la Droite républicaine et l’UDR votent contre, et le bloc central se partage. En première lecture, le 27 mai 2025, le texte avait obtenu 305 voix contre 199 (scrutin n° 2107).
Ce qu’en disent les médias
- La 1ère (15 juillet 2026) rapporte que les députés ultramarins se sont divisés et cite Émeline K/Bidi (GDR) : « Je crois qu’aujourd’hui la société française est prête » (article).
- franceinfo (15 juillet 2026) relaie l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, dont le président salue une journée qui « rentre dans l’Histoire » (article).
- franceinfo (14 août 2026) détaille les trois réserves du Conseil et l’Élysée, pour qui la décision « parachève un débat démocratique exemplaire » (article).
- franceinfo (27 septembre 2026) rapporte qu’à Lourdes, le pape Léon XIV a déclaré : « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral » (article).
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel
Saisi par le Premier ministre, le président du Sénat, des sénateurs et des députés (§ 1), le Conseil a rendu la décision n° 2026-910 DC le 14 août 2026. Aucune disposition n’est censurée. Les conditions d’accès ne sont « ni imprécises, ni équivoques » (§ 40). Trois réserves d’interprétation (lecture imposée pour que la loi reste conforme) :
- le médecin doit tenir compte des observations de la personne chargée de la protection d’un majeur protégé (§ 121) ;
- les pharmaciens qui préparent ou délivrent la substance ne peuvent être tenus de participer (§ 166) ;
- un établissement privé peut refuser la procédure dans ses locaux si elle est manifestement contraire à son projet, à condition que d’autres établissements puissent répondre aux besoins locaux (§ 188).
Où en est le texte
Loi n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l’aide à mourir, publiée au Journal officiel du 19 août 2026 (dossier de l’Assemblée). Au 25 octobre 2026, ses décrets d’application ne sont pas publiés.
Sources
- Assemblée nationale, dossier législatif « Fin de vie » et baromètre de l’application des lois (25/10/2026)
- Proposition de loi n° 1100 et exposé des motifs (11/03/2025)
- Scrutin n° 2107 (première lecture) (27/05/2025)
- Scrutin n° 8280 (lecture définitive) (15/07/2026)
- Compte rendu de la première séance du 15 juillet 2026 (15/07/2026)
- Sénat, dossier législatif (19/08/2026)
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-910 DC (14/08/2026)
- La 1ère, « Fin de vie : l’Assemblée nationale adopte définitivement la proposition de loi sur l’aide à mourir, les élus ultramarins divisés » (15/07/2026)
- franceinfo, « Cette journée entre dans l’Histoire », salue le président de l’ADMD (15/07/2026)
- franceinfo, « Aide à mourir : le Conseil constitutionnel valide la loi avec quelques réserves… » (14/08/2026)
- franceinfo, « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », juge Léon XIV (27/09/2026)
Explication de la rédaction · mise à jour le 25 octobre 2026 · méthode
Adopté
l'Assemblée nationale a adopté · Majorité absolue des suffrages exprimés
- Pour
- 76
- Contre
- 63
- Abstention
- 2
- Non-votant
- 1
- Votants
- 141
- Exprimés
- 139
- Majorité requise
- 70
Par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Pour | Contre | Abst. | Non-votants | Répartition |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN 123 membres | Pour | 44 | 0 | 0 | 0 | |
| EPR 94 membres | Contre | 6 | 8 | 0 | 1 | |
| LFI-NFP 71 membres | Contre | 0 | 27 | 0 | 0 | |
| SOC 66 membres | Contre | 0 | 16 | 0 | 0 | |
| DR 48 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| ECOS 38 membres | Contre | 0 | 12 | 0 | 0 | |
| DEM 36 membres | Pour | 11 | 0 | 0 | 0 | |
| HOR 33 membres | aucun vote | 2 | 0 | 2 | 0 | |
| LIOT 23 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| GDR 17 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 | |
| UDR 16 membres | Pour | 5 | 0 | 0 | 0 | |
| NI 11 membres | Pour | 1 | 0 | 0 | 0 |
Qui a voté quoi
Rassemblement National 44 dans le décompte
Pour (44) : Hervé de Lépinau, Sébastien Chenu, Marie-France Lorho, Christian Girard, José Beaurain, Jorys Bovet, Christophe Barthès (ancien député), Joëlle Mélin, Katiana Levavasseur, Kévin Mauvieux, Lisette Pollet, Christine Loir, Pascale Bordes (ancien député), Aurélien Lopez-Liguori (ancien député), Edwige Diaz (ancien député), Thomas Ménagé, Hélène Laporte, Florence Goulet, Christophe Bentz, Philippe Ballard, Kévin Pfeffer, Sandrine Dogor-Such, Antoine Villedieu, Béatrice Roullaud, Marine Hamelet, Frank Giletti (ancien député), Philippe Schreck, Sandra Delannoy, Alexandre Dufosset, Thibaut Monnier, Manon Bouquin (ancien député), Julien Gabarron, Pascal Jenft, Thierry Tesson, David Magnier, Marc de Fleurian, Auguste Evrard, Tiffany Joncour, Patrice Martin, Robert Le Bourgeois, Julien Limongi, Matthias Renault, Gaëtan Dussausaye, Anne Sicard
Ensemble pour la République 15 dans le décompte
Pour (6) : Sébastien Huyghe, Liliana Tanguy, Annie Vidal, Charles Sitzenstuhl, Charles Rodwell, Joséphine Missoffe
Contre (8) : Stéphane Mazars (ancien député), François Cormier-Bouligeon, Sophie Panonacle, Michel Lauzzana, Nicole Dubré-Chirat, Brigitte Liso, Jean-François Rousset, Eléonore Caroit (ancien député)
Non-votant (1) : Yaël Braun-Pivet
La France insoumise – Nouveau Front Populaire 27 dans le décompte
Contre (27) : Élisa Martin, Loïc Prud'homme, Bastien Lachaud, Mathilde Panot, Danièle Obono, Laurent Alexandre, Manuel Bompard, Hadrien Clouet, Anne Stambach-Terrenoir, Christophe Bex, Nathalie Oziol, Sylvain Carrière, Andrée Taurinya, Ségolène Amiot, Emmanuel Fernandes, Gabriel Amard (ancien député), Élise Leboucher, Jean-François Coulomme, Alma Dufour, Louis Boyard, Ersilia Soudais, Karen Erodi, Perceval Gaillard, Aymeric Caron, René Pilato, Zahia Hamdane, Gabrielle Cathala
Socialistes et apparentés 16 dans le décompte
Contre (16) : Claudia Rouaux, Fanny Dombre Coste, Isabelle Santiago, Mickaël Bouloux, Stéphane Delautrette, Aurélien Rousseau, Océane Godard, Jacques Oberti, Sébastien Saint-Pasteur, Pierrick Courbon, Sophie Pantel, Peio Dufau, Denis Fégné, Sandrine Runel, Dieynaba Diop, Ayda Hadizadeh
Droite Républicaine 5 dans le décompte
Pour (5) : Xavier Breton, Philippe Juvin, Patrick Hetzel, Thibault Bazin, Justine Gruet
Écologiste et Social 12 dans le décompte
Contre (12) : Dominique Voynet, Sophie Taillé-Polian, Sébastien Peytavie, Nicolas Thierry, Julie Laernoes, Sandra Regol, Marie-Charlotte Garin, Sandrine Rousseau, Danielle Simonnet, Emmanuel Duplessy, Nicolas Bonnet, Steevy Gustave
Les Démocrates 11 dans le décompte
Pour (11) : Olivier Falorni (ancien député), Christophe Blanchet, Geneviève Darrieussecq, Marc Fesneau, Maud Petit, Blandine Brocard, Nicolas Turquois, Cyrille Isaac-Sibille, Delphine Lingemann, Louise Morel, Anne Bergantz
Horizons & Indépendants 4 dans le décompte
Pour (2) : Jean Moulliere (ancien député), Marie-Agnès Poussier-Winsback
Abstention (2) : Jérémie Patrier-Leitus, Thomas Lam
Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires 1 dans le décompte
Pour (1) : Laurent Panifous (ancien député)
Gauche Démocrate et Républicaine 1 dans le décompte
Pour (1) : Yannick Monnet
UDR 5 dans le décompte
Pour (5) : Vincent Trébuchet, Gérault Verny, Alexandre Allegret-Pilot, Hanane Mansouri, Éric Michoux
Non inscrit 1 dans le décompte
Pour (1) : Belkhir Belhaddad
Mises au point
Déclarations faites après le vote par des députés qui indiquent avoir voulu voter autrement. Elles ne changent pas le résultat.
Voulait voter Non-votant : Philippe Ballard
Source : Assemblée nationale, open data, scrutins publics · fichier du 25 octobre 2026 · Licence Ouverte · analyse officielle du scrutin